Toute seule devant ton café
Tu fais la gueule, t'es mal réveillée
Tu voudrais retourner te coucher
et t'enfouir sous l'oreiller.
Pourtant envoyer tout valser
tu n'oses même plus y penser
tu t'es rangée casée pliée
t'as choisi la sécurité
les idéaux dont tu avais rêvé
tu les gardes bien enfermés
souvenirs à ne pas réveiller
la nostalgie, attention danger
Cynique et désabusée
tu as honte de ta lâcheté
tu vas bosser
toute la journée
L'avenir est aussi plombé
que le ciel de ce matin glacé
devant toi il reste tant d'années
toujours les mêmes gestes répétés
tu te sens prise au piège, engluée
dans une routine si bien huilée
tu n'as plus le choix désormais
il est trop tard, tu es coincée
les doutes sont vite balayés
les questions angoissantes diluées
dans le quotidien régulier
toujours pressée, pas le temps de penser
Tu cours, le bus va passer
tu montes, essoufflée
tu vas bosser
toute la journée
Tu retrouves les rituels ressassés
les collègues, la machine à café
des habitudes pour rassurer
conjurer ta peur de la liberté
Et puis il faut bien travailler
faire ce pourquoi tu es payée
même si tu n'es plus « motivée »
tu fais semblant, depuis des années.
A cinq heures, la journée terminée
Tu croises ton patron dans l'escalier
il regarde sa montre l'air agacé
pour bien te culpabiliser
Pour toi l'avancement c'est loupé
ta carrière est bloquée
même si t'as bossé
toute la journée
Tu reprends le métro, fatiguée,
tu contemples ta vie toute tracée
l'insoutenable nullité
de ton existence anesthésiée
tu vois avec tant d'acuité
ta vie de légume amélioré
Le vertige dans l'oeil de la vérité
le sol se dérobe sous tes pieds
La, au milieu des passagers
l'échappatoire, tu l'as trouvé
la solution s'est imposée
effrayante de simplicité
tu n'es pas obligée
Il suffit d'arrêter
t'iras plus bosser
toute la journée