10 décembre 2009

Toute la journée


Toute seule devant ton café
Tu fais la gueule, t'es mal réveillée
Tu voudrais retourner te coucher
et t'enfouir sous l'oreiller.

Pourtant envoyer tout valser
tu n'oses même plus y penser
tu t'es rangée casée pliée
t'as choisi la sécurité

les idéaux dont tu avais rêvé
tu les gardes bien enfermés
souvenirs à ne pas réveiller
la nostalgie, attention danger

Cynique et désabusée
tu as honte de ta lâcheté
tu vas bosser
toute la journée

L'avenir est aussi plombé
que le ciel de ce matin glacé
devant toi il reste tant d'années
toujours les mêmes gestes répétés

tu te sens prise au piège, engluée
dans une routine si bien huilée
tu n'as plus le choix désormais
il est trop tard, tu es coincée

les doutes sont vite balayés
les questions angoissantes diluées
dans le quotidien régulier
toujours pressée, pas le temps de penser

Tu cours, le bus va passer
tu montes, essoufflée
tu vas bosser
toute la journée

Tu retrouves les rituels ressassés
les collègues, la machine à café
des habitudes pour rassurer
conjurer ta peur de la liberté

Et puis il faut bien travailler
faire ce pourquoi tu es payée
même si tu n'es plus « motivée »
tu fais semblant, depuis des années.

A cinq heures, la journée terminée
Tu croises ton patron dans l'escalier
il regarde sa montre l'air agacé
pour bien te culpabiliser

Pour toi l'avancement c'est loupé
ta carrière est bloquée
même si t'as bossé
toute la journée

Tu reprends le métro, fatiguée,
tu contemples ta vie toute tracée
l'insoutenable nullité
de ton existence anesthésiée

tu vois avec tant d'acuité
ta vie de légume amélioré
Le vertige dans l'oeil de la vérité
le sol se dérobe sous tes pieds

La, au milieu des passagers
l'échappatoire, tu l'as trouvé
la solution s'est imposée
effrayante de simplicité

tu n'es pas obligée
Il suffit d'arrêter
t'iras plus bosser
toute la journée

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